Le fromage du Québec et la fable européenne | Partie 1


Maître Corbeau, sur un arbre perché, tenait en son bec un fromage. C’était, dans la version du fabuliste, en 1668. Il y aura bientôt 350 ans! Nos fromagers au marché nous en parlent depuis longtemps eux aussi. Non pas du corbeau, mais du moment où le fromage européen va entrer à pleine porte au Canada. Attention aux nôtres ! Ces jours-ci, c’est devenu une réalité très proche. Quelque 16 000 tonnes de fromages devraient être importées d’Europe, selon le Ministre du Commerce International, qui a dévoilé du même coup un programme de compensation financière. L’Accord de libre-échange Canada-Union européenne  doit entrer en vigueur partiellement le 21 septembre prochain. On y est presque.

L’arrivée des fromages européens sur le marché canadien ne manquera pas d’avoir un impact sur les producteurs locaux, québécois et canadiens, qui risquent ainsi de voir leur marché se réduire comme une peau de chagrin. Par ricochet, les producteurs de lait vendront aussi moins de produits. (dixit Radio-Canada, nouvelles, 4 août 2017). Devant ce Goliath européen, David québécois de ce monde, unissons-nous! Pensons autrement. En lisant un dossier sur le fromage dans la revue française ‹Gault et  Millau», automne 2016, j’ai dû faire mon mea culpa. J’ai réalisé que je termine souvent mon repas au resto avec le plat principal. Je vais rarement au dessert et presque jamais au fromage. Je dis bien au resto. À la maison, c’est autre chose.

Mais si on veut encourager nos producteurs à tenir bon malgré la tempête de fromages européens qui s’annonce, il faudra bien changer quelques habitudes.
Ce n’est pas dans les us et coutumes des restos d’ici de se promener entre les tables avec un chariot à fromages tout garni de produits régionaux, sauf dans quelques rares établissements. Bien. Mais on peut sans doute se passer du chariot, ce qui ne nous empêche en rien de demander un beau plateau de fromages du Québec, ou mieux, de la région où l’on se trouve. Il me semble que si on s’y met tous ensemble, le marché  du fromage de chez nous peut être considérablement amélioré. Moi, je trouve ça génial de traiter le fromage avec plein d’égards. C’est un produit noble qui mérite qu’on le festoie. À la maison, on peut dresser un beau plateau varié, avec de belles pièces choisies directement avec l’artisan au marché (l’idéal),  ou son représentant enthousiaste en boutique. Le fromage est un des plus anciens compagnons de table des bonnes fourchettes, là où la culture alimentaire se raffine avec les gens qui se cultivent. Nous aurions bien raison de ne pas faire comme le corbeau et de laisser tomber notre bon fromage du Québec aux mains des renards du commerce international! Aimons notre fromage comme nous-mêmes, puisqu’il y a beaucoup de nous dans ce délicieux compagnon alimentaire ! À suivre..

Diane Seguin

 

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