À propos du sens et du sentiment

On est tous pareils : début décembre, on est rempli de bonnes résolutions et de plans incroyables pour le congé des Fêtes. Même si on sait que «la modération a bien meilleur gout», on a le gout de s’éclater. Ce que je vous propose, maintenant, c’est de vous éclater… au fourneau.

Mettre sous la pile l’agenda trop rempli et prendre le temps de vivre le moment présent, tout simplement. Se détendre. Mais si vous êtes comme moi, se détendre, ça veut dire faire quelque chose d’utile (pour soi et pour les autres, autant que possible) mais de différent de son boulot ordinaire. J’ai finalement trouvé ma formule magique ! En trois abracadabra : hocus pocus : je prends le temps de regarder mes livres de recettes ! De fouiller sur le net pour trouver des plats qui m’allument et pouf ! je me permets quelques heures de plaisir dans ma cuisine. Je nage dans mes recettes comme un nageur heureux dans sa piscine.

D’ailleurs, précisément, nos marchés de Noël ont été inventés pour satisfaire ce besoin d’action et d’invention, ce mécanisme instinctif de créer du «plaisir à partager».

Et puis, quoi de plus zen que de passer à table autour d’un bon repas avec son amoureux(se) ses amis, sa famille, en discutant à bâtons rompus de choses et d’autres qui n’ont aucune importance, qui ne portent pas à conséquence, autour d’un repas festif. Comme dit Oscar Wilde : la conversation doit tout aborder et ne rien approfondir. Refaire le monde, pourquoi pas, en gardant le nez au-dessus d’un plat gouteux et les oreilles sensibles à la rumeur du grilloir. Pour une heure ou deux, chausser des lunettes roses ! Se détendre, collectivement.

On ne s’en rend pas toujours compte sur le coup, mais cuisiner produit des «effets secondaires» très intéressants. Faire la cuisine, dit Alain Ducasse, c’est savoir faire parler son imagination, sa créativité et donc, nécessairement, sa personnalité, sa curiosité, bref, sa sensibilité. Or la sensibilité d’un individu, c’est la propriété d’être accessible, réceptif, et non pas d’être froidement intelligent. C’est un peu comme dire : penser avec son corps autant qu’avec sa tête.

En ce qui me concerne, j’éprouve un sentiment de plénitude plus réconfortant encore quand je sais que je cuisine avec les produits de nos producteurs du Marché. Pourquoi ? C’est un peu comme la famille : ça vient du ventre plus que de la raison. «Mes» producteurs, je les vois dans ma soupe. Je sais qui est derrière mon carré d’agneau ou ma cote de bœuf, ma belle volaille dorée, mon super fromage de vache ou de brebis, mes condiments éclatants comme des pétards à mèches, qui a confectionné ce dessert qui donne des frissons dans les joues. Je sais qu’ils-elles travaillent avec passion leurs produits pour m’offrir le meilleur de leur savoir-faire, de leur culture, avec la fierté de faire du beau et du bon travail. Le vrai luxe, ce n’est pas ce qui coute cher, c’est ce qui est bien fait. Et ça ne coute pas les yeux de la tête.

Marché de NoelAlors, tout en me léchant les babines, je sais en cuisinant avec les produits du marché que j’ai contribué à ce que l’économie locale passe par les fermes et les ateliers d’artisans culinaires; je sais que des familles d’alentour reçoivent ainsi le juste dû de leur travail. Je sais que l’argent que je place sur un produit d’ici retombe dans l’économie d’ici. Je sais que mes plats seront tout simplement meilleurs parce que j’ai cuisiné avec des produits de qualité, traçables, bien faits, sans «cochonneries » qui les maintiennent apparemment frais. Je sais ce que je fais, parce que je le fais avec des produits cultivés et bien élevés par des gens qui savent ce qu’ils font.

Certes, j’en aurai plus pour mon argent avec ce poulet ou cette dinde en spécial dans une grande surface. Apparemment. En réalité, il n’y a pas de miracle : si c’est moins cher, surtout si ça vient de Dieu sait où, il y a une raison. Il ne faudra pas s’étonner de voir ce poulet pas cher et cette dinde à prix incroyable fondre dramatiquement à la cuisson.

Au marché, je sais que ces confitures et ces gelées chatoyantes, ce sirop d’érable lumineux comme un soleil couchant, cette vinaigrette aigrelette, ce fromage, ce vin, cet alcool, cette huile d’olive élevée par un Québécois, ces desserts exotiques qui sortent des fours de la région, ces plats préparés dans nos cuisines de campagne auront du goût, un gout de revenez-y, un gout de par-chez-nous, en plus d’être impeccablement bien faits.

Je sais que je pourrai pavoiser un peu devant mes invités, fière de péter les bretelles de mon tablier quand ils feront ooh! aah! que c’est bon, Diane!, en disant un merci silencieux à «mes» producteurs de notre marché, pour m’avoir donné l’essentiel de ce qui fait la bonne cuisine : un bon produit.

Et si mes invités ne sont pas déjà accrocs au marché, je leur ferai un «pitch de vente» qu’ils n’oublieront pas. Bien que généralement le plat gouteux fasse son pitch à lui tout seul.

Je sais aussi que de trouver des produits qui ont quelque chose d’unique est devenu un privilège. C’est pourtant ce qui fait la substantifique moelle de nos marchés. Je sais, à mon âge, que la mondialisation, quand il s’agit de l’alimentaire, est une fumisterie, une sorte de pornographie du gout qui nous fait retrouver tristement le même produit dans toutes les épiceries du monde. La cuisine industrielle, comme le concept de l’industrie de masse en général, on commence seulement à s’en rendre compte, est un désastre économique et social.

Finalement, qui n’aime pas ce qui est unique, différent ? Qui n’est pas séduit par la découverte de la culture alimentaire d’un pays, quand il le découvre sur place ? Comment peut-on mieux profiter de la vie qu’en y goutant, avec l’esprit de la découverte, ici et maintenant, en se mettant sous la dent ce qui pousse, s’élève, se transforme et se cultive là où on est ?

En deux mots comme en cent, tout ce que je veux dire du fond de ma cuisine, c’est qu’on est tous pareils : on est rempli de bonnes résolutions et de plans incroyables pour le congé des Fêtes. L’une de ces résolutions devrait être de profiter de la vie, de se garder en santé, d’aimer ceux qui nous entourent et de cuisiner avec ce qu’il y a de meilleur. Le marché public et ses produits, ça reste la caverne d’Ali Baba des quarante valeurs alimentaires qui font du bien dans nos assiettes et dans nos vies.

Diane Seguin et MPS

Assiette du marché de Noel

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