Quoi de neuf (et de rouge) sous le soleil ?

Dans les marchés publics où nous sommes totalement immergés en ce moment dans les
bons produits, odeurs d’ail primeur, de petits fruits sucrés, de grillades, le sujet principal
des conversations demeure le mauvais temps que nous subissons cette année ad nauseam.
J’avoue que j’en suis moi aussi à récriminer et surtout à réclamer notre juste part de
chaleur et de soleil. Les maraîchers en ont drôlement besoin pour boucler financièrement
«LA» saison de l’année où ils doivent gagner en si peu de temps «leur année complète» et
amortir leurs investissements. Il faut aussi penser aux éleveurs dont les bêtes vivent en
pâturages, dans des champs qui finissent imbibés comme des marécages. Vivre sa vie de
bête en été, les pattes dans la boue, pas romantique du tout ! Trop de pluie entrave
également les cultures qui servent, toute l’année, à nourrir les bêtes. Pourtant, grâce aux
producteurs présents au marché, je trouve le moyen de combattre ma détresse post-pluvia.
Ces femmes et ces hommes trouvent le courage pour venir jaser sur la place publique où,
malgré la fatigue, ils restent philosophes. Je me souviens de m’être fait rabrouer vertement dans un marché public à Paris pour avoir osé toucher, tâter, même de la pointe des doigts,
une tomate. Je suis devenue aussi rouge que le fruit. Surtout que la dame avait de la voix.
Puis, en y repensant, j’ai trouvé qu’elle avait raison. Si tout le monde se met à tâter les
tomates (certains ne mesurent pas leur force!), à la fin de la journée, le producteur se
retrouve avec un début de sauce sur l’étal. La solution : demander au maraicher son
propre diagnostic et son conseil sur le mûrissement. Il vous le dira sans problème. Par
exemple, il suggéra de les garder sur le comptoir encore quelques jours, ou allez-y, elles
ont prêtes. Bien entendu : jamais, jamais une tomate au frigo !

C’est, certes, un des bonheurs des marchés publics de nous offrir la possibilité de ce
dialogue entre celui fait et celui qui mange ! Ce mois-ci, un jeune journaliste d’à peine
trente ans, Jean-Baptiste Malet, a jeté un pavé dans la mare. Il vient de publier les résultats
d’une enquête de deux ans sur l’industrie de la tomate. Son livre: L’Empire de l’Or Rouge,
publié chez Fayard, affirme d’entrée de jeu : «Qui a déjà vu une tomate d’industrie ?
Oubliez tout de suite la tomate ronde rouge, gorgée d’eau et consommée fraîche telle
quelle.» (…) Oblongue, plus lourde car moins gorgée d’eau et à la peau dure pour
supporter de longs voyages et le maniement des machines, «c’est un autre fruit, une autre
géopolitique, un autre business». C’est cette tomate que l’industrie transforme en coulis,
en ketchup et autres sauces diverses consommées comme telles ou utilisés à la fabrication
de la pizza, notamment. D’où viennent ces tomates? Suivre la piste a commencé par la
découverte de barils chinois de concentrés de tomates, en passant par la Californie, le sud
de l’Italie et se termine au Ghana. Les concentrés de tomates ainsi vendus, venus de Chine,
vont contenir jusqu’à 69% d’additifs pour 31 % seulement de concentré de tomates. (…) «
Il est aujourd’hui possible de trouver dans les rayons des supermarchés européens des
sauces tomates dont les étiquettes disent qu’elles sont «provençales» ou «italiennes», mais
qui en réalité sont composées de tomates concentrées d’importation, souvent, venues
d’Asie. (…) «Nous avons besoin de plus de transparence, de traçabilité, d’informations»,
affirme le journaliste d’enquête.

Ici, à Saint-Lambert, nous n’avons pas besoin d’une autre raison pour acheter nos vraies
tomates, et autres produits fermier, rue Argyle. Car ici, le producteur est là pour vous, pour
répondre de la traçabilité de ses produits. Pourquoi ne pas engager le dialogue et mangez
mieux ?
Diane Seguin

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