Rome, quand tu nous tiens

J’y suis retournée quotidiennement, durant mon récent séjour à Rome. Promenade tranquille entre les étals du marché Campo dei Fiori, le «Marché des Fleurs», histoire de le regarder vivre à toute heure du jour.

Grand marché urbain, comme le marché Jean-Talon à Montréal. Plus d’une centaine de kiosques, un marché composé essentiellement de fruits et de légumes pour ce qui est de l’agroalimentaire, mais aussi d’une pléthore de vêtements et d’articles variés, ce qui fait une grande différence avec les nôtres.

Comme j’y allais le matin, je ne me suis pas rendue compte tout de suite que ce marché n’était pas permanent. C’est-à-dire qu’en après-midi, vers 14-15 heures, tout est défait. Chacun démonte ses étals. Ceux qui vendent des marchandises sèches, vaisselles, outils de cuisine, etc. disposent de grands chariots sur lesquels ils entassent des dizaines de boîtes, et les éléments de structure de leur kiosque : toiles de tentes, tables, poteaux de soutien. Ils poussent ensuite ces empilades précaires vers de petits locaux situés dans les rues voisines. On dirait des chevaux de trait, tellement ce barda semble lourd. Ce mode de transport parait bien primitif. Mais à bien y penser, c’est plutôt astucieux, puisse que les rues sont très étroites et ne permettent pas le passage de plus gros véhicules. Ici, dans ce labyrinthe de chaussées étroites, c’est la solution.

Marche public demantellement
 

 

 

 

 

 

Quant aux maraîchers, fromagers et autres fleuristes, eux, ils ont des camions réfrigérés qui viennent récupérer leurs produits.

le-fromager Marche public fromages

 

 

 

 

 

Je vous disais dans la Feuille de Chou de la semaine dernière que ce marché en était un, je le croyais, de revendeurs surtout. Et bien! j’ai découvert sur la fin de mon séjour un fromager qui y offre ses propres produits :des fromages d’alpage merveilleux, qui goûtent carrément les fleurs de montagnes ! Exceptionnel.

Extraordinaire également, ce sont les charcuteries qui bordent le marché. Il y en a deux mais je suis tombée en amour avec Viola, Antica Norcineria. La «norcineria» est le nom donné à un local destiné exclusivement au travail et à la vente de viande porcine, en Ombrie, en Toscane, et à Rome. Ailleurs, on parle de «salumi» pour désigner la charcuterie.

Saucissons saucissons-italiens

 

 

 

 

 

 

 

Alors, Viola, c’est un commerce familial, repris de père en fils depuis 1890. J’ai discuté avec les actuels descendants, père et fils. Des gens généreux, profondément impliqués dans leur métier, passionnés de qualité et de beaux produits. Quand on entre, sur le comptoir, on nous propose en dégustation un minimum de 20 à 30 sortes de saucissons, d’ahurissants prosciutto et une quantité phénoménale de toutes sortes de charcuteries préparées par eux. C’est si alléchant, si tentant que c’est à en devenir fou ! Ça sent bon, on veut goûter à tout, absolument à tout, on est soudain remplie d’une joie d’enfant devant un magasin de jouets. Et les Viola sourient et nous encouragent, heureux de partager leurs splendides trésors. Résultat : on achète quelques tranches de l’un, puis un morceau de l’autre, puis encore un bout de celui-ci, ah ! oui, il nous faut celui-là aussi…!

Bref. La générosité, on le constate encore une fois, est payante. Et si on n’achète pas beaucoup parce qu’on est touriste et qu’on ne peut pas stocker, c’est pareil : ils sont tout simplement heureux qu’on aime leurs produits ! Le vrai commerce, celui qu’il faut peut être cent ans de pratique pour l’apprendre, c’est celui-là. Il donne toujours le sentiment aux clients qu’ils obtiennent plus, beaucoup plus, pour leur argent. Et c’est vrai, dans la mesure ou la qualité du contact humain est souvent aussi importante que l’objet de la transaction.

Ainsi, l’après-midi, la place se vide lentement. Puis viennent les camions de la Ville, qui entrent pour tout balayer, tout nettoyer. Le marché est déjà un charmant et odorant fantôme qu’on a hâte de retrouver le lendemain.

Rome tombée du jour

 

 

 

 

 

 

Le jour tombe sur Rome, la lumière devient une sorte de poudre d’or à l’orée des toitures, comme pour nous rappeler que nous sommes dans une ville sainte. Une ville où la fête est éternelle, où l’ombre grandissante est tout de suite remplie de lumières vives. Et la place du marché est bientôt prise d’assaut par les flâneurs, les promeneurs, les visiteurs. Les amants de Rome vont prendre l’apéro et succomber au charme des nombreux petits restos qui ceinturent la place, bruissante de voix et de rires, pendant qu’ici et là, des musiciens de rue s’installent et accordent leurs instruments avec le bonheur tranquille des gens.

Demain matin, à la barre du jour, le marché renaitra à Campo dei Fiori. Une vraie renaissance, une promesse de l’aube. Voilà pourquoi j’aime tant les marchés. À chaque fois, que ce soit à Rome, Val-David, Mont-Tremblant, Mirabel, Saint-Constant, Bois-des-Filion ou Saint-Lambert, j’ai toujours l’impression qu’ils rassemblent le meilleur de nous-mêmes.

Diane Seguin et MPS

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